a vu "Eden" (4/5). La French Touch, Daft Punk, le Paris underground des années 90, la reconnaissance puis la ringardise des années 2000, Eden est un témoignage en forme d'hommage de la soeur (Mia Hansen-Løve) à son frère (Sven Löve). DJ acteur d'une époque et porté par la mode Garage pendant ces 20 dernières années. La retranscription de l'ambiance festive inconséquente suivie des espoirs déçus et des lendemains qui déchantent est charmante et rythmée par la bande son d'une génération. La musique est partout, elle évolue, les modes s'enchainent et il faut les suivre sous peine de ringardisation. La mode est sans pitié.

Eden peut être vu comme une mise en abime de la célébrité. Certains la touchent, d'autres la regarderont à jamais de loin. Maladroit mais touchant, Eden sera vu différemment selon qu'on ait été très proche ou très loin du récit présenté ici. Le jeune Paul (Félix de Givry) est atteint par le virus de la musique, il mixe et anime des soirée underground au début des années 90. Ses amis sont les futurs Daft Punk, de jeunes artistes et des donzelles attirées par les Rave Party. Il s'inscrit dans le mouvement Garage (mi-House mi-Soul), va créer les soirée Cheers mais ne cessera jamais de vivoter dans une semi-précarité, celle de ceux qui s'investissent sans totalement récolter les fruits du succès. 

Ca Dance, ça House, ça Techno, "Eden" peut être vu comme un témoignage à la troisième personne. Sven Löve a vécu cette époque de chercheurs d'or obnubilés par le beat qui balance, le son qui tue, le groove qui déhanche. Sven/Paul a la particularité d'être d'extraction bourgeoise, avec un confort minimal lui permettant de se consacrer à sa passion pour la musique. Les longues soirées passées dans des sous-marins ou des bunkers désaffectés ont été son lot quotidien. Un groupe d'amis lui sert de fil blanc, leurs histoires entremêlées serviront de fil conducteur. D'où ils viennent, ce qu'ils vivront, ce qu'ils adviendront. Dans ce maelström de créativité débridée, des constantes ne cessent d'attirer le jeune DJ en herbe comme une flamme pour un insecte. Le charme dangereux de la drogue, le ravissement des belles rencontres, le rythme incessant des DJ set nocturnes. Une vie sans soleil, sans gains ni retours sur investissement tangibles, juste le plaisir de vivre pour sa passion. Il s'y consacre corps et âmes sans hélas échapper aux chants doucereux des sirènes de la vie nocturne. Et sans jamais rien en récolter. 

Mia choisit l'ultra réalisme chirurgical, le dépouillement, sans effets stroboscopiques ou rythme à la mitraillette façon David Fincher. On sent le film fauché, réalisé dans l'urgence avec le concours désintéressé de joyeux sympathisants. Les VIP de passage sont légions: la merveilleuse Greta Gerwig, la revenante Laura Smet, le branleur magnifique Vincent Lacoste, le toujours épatant Vincent Macaigne. Leurs apparitions agrémentent les pérégrinations d'un personnage trop souvent décrit sur le net comme sans consistance à l'écran mais sa normalité sans charisme fait le charme du personnage. Sven/Paul semble traverser sa vie comme un songe, sans réussir à attraper quoique ce soit de tangible, spectateur d'une aventure qui aboutira sans lui. Il est facile de s'identifier à celui qui veut bien faire, rempli de bons sentiments, mais qui ne fera pas les bonnes rencontres pour faire fructifier ses créations.

Les vrais héros du film sont les deux membres de Daft Punk. L'inénarrable Vincent Lacoste et Arnaud Azoulay interprètent Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, apparaissent pour disparaître et réapparaitre, leur musique ne cesse de se propager sur les ondes et se confronte à l'échec de leurs amis. Reconnus mondialement, ils rabaissent d'autant la musique de ceux restés dans l'ombre. Rien ne les distingue de leurs semblables, si ce n'est cette musique addictive gorgée de Bpm. Une scène est représentative de ce gouffre qui se creusera irrémédiablement : Une soirée comme tant d'autres, ils débarquent avec leur matos pour jouer ce que d'aucuns reconnaitront dés les premières notes. Da Funk, joué pour la première fois en public, fascine et détonne. Du jamais entendu, de l'accrocheur à la première écoute. Ca fonctionne, les amis sont éberlués. Les deux branleurs regorgent de talent, difficile d'y résister, ils conquerront le monde. Partis d'aussi loin que leurs amis, mais arrivés bien plus haut.

Le références sont nombreuses et dispatchées en tous sens. Un sticker Super Discount par ici, un poster Cassius par là, un One More time joué pendant un Set, une soirée Respect au Queen, un passage bien plus calme au Silencio, une soirée ratée au Concorde Atlantique, les ex-habitués verront leur jeunesse défiler devant les yeux. Je me suis demandé si ce film n'était pas arrivé trop vite, trop tôt. Les plus jeunes ne seront pas intéressés par une époque qu'ils n'auront pas connu, la trop grande proximité temporelle empêchera la nostalgie pour les autres. D'autres films similaires apparaitront dans 10 ou 20 ans et la mélancolie fera son oeuvre, un plus grand succès sera au rendez-vous. Eden a le tort d'être le premier d'une longue liste. Plus de recul lui permettra peut être de devenir culte d'ici quelques années. Pour ma part, j'y ai retrouvé quelques jouets sortis de mon esprit. Il est bon parfois de se replonger dans sa mémoire. One more time.

Écrire commentaire

Commentaires : 0