"Eastern Boys" (5/5) est la surprise de la semaine, inattendue à ce niveau de maitrise stylistique et scénaristique. La bande annonce intrigante, la rencontre d'un parisien avec un immigrant de l'est et sa bande de potes, pouvait augurer d'un tel résultat, mais si enthousiasmant... L'accumulation de scènes magistralement orchestrées laisse une empreinte de grâce dans l'esprit et sur la rétine. La densité du premier plan et les multiples détails cachées en arrière plan embellissent la mise en scène et évoquent avec justesse la question de l'immigration. A voir absolument. 

 

Daniel est un bourgeois parisien, la cinquantaine athlétique, la veste de cadre, l'air désabusé de l'homme solitaire. Intrigué par une bande de garçons à la gare du Nord, il aborde l'un d'eux et lui propose de le rencontrer chez lui le lendemain. Marek débarque... changeant la vie de Daniel à jamais.

 

Le coup de coeur d'un homme solitaire pour un visage rencontré dans une gare fait d'abord ressurgir le spectre de la prostitution. Le rendez-vous est pris sous un escalier, l'ainé est insistant, le cadet distant. Les deux ont-ils l'habitude de telles pratiques, la question est dans l'air. L'amour tarifé ne les dérange pas et glauquise toute perspective de rapprochement. La gare, lieu de passage, est le terrain de jeu d'une bande de jeunes, visiblement de l'est, peut-être russes ou roumains. Les plans sur leurs rires et tentatives de discret chapardage alternent avec les rondes de militaires ou de CRS, révélant une atmosphère de tension silencieuse. Les deux potentiels amants font fi de ce contexte dangereux, se plaçant au dessus de la mêlée. Les questions d'ordre public ou de moralité ne les taraudent pas, ils planent.

 

Le reste du film gardera immanquablement cette légèreté dans leurs relations, en dépit d'un contexte changeant, parfois dangereux, jamais serein. L'homosexualité n'est pas au centre de l'action et n'est que prétexte pour une histoire plus large. Nous ne sommes pas dans l'excellent "L'inconnu du lac" avec ses tableaux de rencontres furtives mais dans une rencontre avec l'étranger à nos portes. Impossible de creuser sans spoiler allègrement, le chef de meute est fascinant comme un serpent venimeux, leurs conditions d'existence interrogent sur la possibilité d'une intégration. Il faut une volonté partagée pour la faire réussir, les deux amants en se rencontrant, permettent les conditions d'un tel succès, métaphore ouverte voire philosophique du problème de l'immigration et de ses solutions.

 

La musique participe à l'établissement d'une atmosphère où tout peut arriver, l'apaisement et le danger se disputant la primauté, se draguant sans cesse. La caméra se fait proche des corps, instant sur les regards ou les postures, révélant les intentions sous-jacentes, avec toujours cette volonté de vivre. Ce film est juste fascinant, brouillant les repères, illustrant l'importance du coeur dans chaque histoire et pour chaque personnage.

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