"Crosswind" (4/5) est à la croisée des chemins entre le documentaire et le reportage photo. La déportation en Sibérie par Staline des populations baltes en 1941 est abordée avec pudeur dans un récit au format que je n’avais personnellement jamais éprouvé. Un Noir et Blanc parfaitement maitrisé (et pour tout dire magnifique), des plans découpés avec des acteurs immobiles comme sur des photographies, une caméra qui se faufile parmi les protagonistes d’instantanés représentatifs de la douleur ambiante, une atmosphère d’apocalypse inéluctable, ce Crosswind est un tour de force formel et scénaristique. Les lettres véritables d'une survivante servent de fil conducteur à une narration poignante et tragique. Une famille estonienne est déportée, séparée, bouleversée. Ema est une épouse modèle, une mère courage, éprouvée par la vie, qui vivra 47 ans avant d’apprendre le destin tragique de son époux. L’espoir la fait tenir et si elle endure les affres de l’existence, c’est pour ne pas succomber à l’adversité qui s’acharne contre elle. Les 2 heures sont arides mais bouleversantes, desséchées mais passionnantes. Les faciès immobiles transmettent toute la fatalité de la mauvaise fortune, on y discerne l’angoisse et l’abattement, les coups du sort et la souffrance. Une vraie expérience cinématographique et un témoignage d’un épisode méconnu de l’histoire récente. Les lendemains qui déchantent sont le quotidien d’un nombre toujours mal estimé d’êtres humains…Chaque sourire devient une félicité. C'est rare, au cinéma...