a vu "Cloud Atlas", film choral des Wachowski Matrixiens, renfermant 6 histoires finement entremêlées sur plus de 5 siècles, un grand spectacle admirable, varié et cosmogonique, note: 4/5 eu égard au résultat grandiose offert à mes yeux ébahis.

Pourquoi tant de haine? Le milieu journalistique aurait-il pris les Wachowski en grippe? Elu pire film 2012 par le Time, descendu par la critique internationale, placardé illico "nanar cucul" de l'année, il ne m'en fallait pas moins pour aller vérifier s'il méritait tant d'acrimonie. Loin d'être moi-même fan des Wachowski - je dois être un des seuls êtres humains sur terre resté froid devant la trilogie Matrix - une nécessité impérieuse me poussait à fourbir mes armes (contre le film ou contre une haine inavouable que je ne m'expliquais pas).

Et que croyez-vous qu'il se passa? Sous le charme, enchanté par plus de 2h45 d'intrigues foisonnantes et entrelacées, je restais les yeux écarquillés devant tant de maitrise et de foisonnement. Certes l'attention se doit d'être soutenue pour ne pas s'égarer en route, mais assister à 6 histoires diverses, abordant des sujets finalement assez différents, dont le but caché pour le spectateur est de trouver le lien, c'est une gageure autant qu'un plaisir. En sus, les mêmes acteurs évoluent dans chacun des récits. Un grand Tom Hanks (pas vu à ce niveau depuis bien longtemps), une Halle Berry étonnement sobre, un Hugo Weaving pas revu depuis Matrix, et d'autres, chacun alternant dans des rôles sans liens entre eux. D'une scène à l'autre, un Tom Hanks survivant de l'apocalypse devient un gérant d'hôtel du XIXe siècle avant d'apparaitre en scientifique de 2012. Le rythme imprimé à cette alternance d'époques, entre 1849, 1973, 2012 et 2321, passionne tant les suspens sont habilement entretenus. 

Histoires variées, mais tirant toutes dans une même direction, rappelant un peu celle de l'épilogue de Matrix, poussant à faire fi des apparences, des contraintes sociales ou économiques, et à aller au delà des préjugés. Chacune des époques est censée préfigurer la prise de conscience d'oppressions acceptées jusque là et sur le point d'être abattues. L'esclavage sur base raciale, le quasi-esclavage énergétique, les préjugés sexuels, l'oppression de la dictature, autant de sujets sans rapport entre eux et pourtant bâtis sur les mêmes mécanismes. L'endormissement, les croyances infondées, le manque de courage, la peur... tant de sentiments bien humains qui permettent de justifier les pires extrémités par absence d'opposition. 

Cette "cartographie des nuages" est une cosmogonie complexe, et donc qui sait rebutante. Peut-être pourra-t-elle être taxée d'angélisme, voire de simplisme ou d'ennui. Mais une telle création me parait tellement ingénieuse et inédite que je me suis laissé porter. Comme sur un nuage.

En un sens, il ne me surprendrait pas que ce film, qui ne fera certainement pas un carton, soit réhabilité d'ici quelques décennies. Qui vivra verra...