Carol (3/5) est une histoire d'amour entre deux femmes dans l'Amérique renfermée des années 50. La mature Cate Blanchett face à la sauterelle Rooney Mara. Un contexte social suranné fige les 2 amantes au coeur d'une société patriarcale rigoriste. Mais elles feront le choix de briser les barrières. Le tableau est beau mais y croit on vraiment? 

 

Déjà les personnages. Carol est une épouse entretenue, sans nécessité de gagner sa vie. Son mari a une situation professionnelle stable, avec des revenus confortables, pour preuve cet énorme manteau de fourrure porté par Carol. Pas de préoccupations pécuniaires, les journées sont longues, l'esprit furète... au détour d'un grand magasin, son regard croise celui d'une petite vendeuse toute menue mimi fragile. Imaginez le tableau. La grande et conquérante Cate Blanchett face au petit papillon Rooney Mara. En gros, la vieille rombière face au petit papillon de nuit. Une Cate toujours plus liftée qui, dans un autre contexte, pourrait proposer à Rooney de venir travailler dans sa maison close...

Mais j'extrapole, le film décrit un irrépressible crush. D'abord discret mais de plus en plus insatiable. Parti avec une impression première un peu faussée, j'ai mis du temps à rentrer dans le film. Puis vient le mari éploré. Il aime sa femme mais elle ne l'aime pas. Dans les années 60, ce film se serait appelé Le Mépris et la femme aurait été jouée par Brigitte Bardot. Résultat, Bardot serait parti avec un amant de passage. Ici, Bardot est jouée par Cate qui en pince pour Rooney. Epoques différentes mais intrigues similaires. Le Michel Piccoli de Carol est tout aussi démuni que l'original. Surtout qu'on apprend qu'elle en est pas à sa première escapade...

Suivront les circonvolutions d'une relation condamnée par la société. Le mari brandira la menace de la garde parentale sur leur fille unique. Oui, à l'époque l'homme avait la primauté juridique, les temps changent. Carol sera coincée, que faire quand la chaire de votre chaire peut vous être retirée sans droit de visite? Le chantage fonctionne mais quelque chose est brisé, le divorce est inéluctable. 

 

Une question se pose. Est-ce à dire qu'aujourd'hui Cate pourrait divorcer, vivre avec sa poulette et garder sa fille en prime? Le beurre, l'argent du beurre et la crémière. Une société de liberté, sans contraintes. Elle pourrait vivre son homosexualité au grand jour, sans barrière ni tabou. 

 

Alors, je ne dis pas que je critique, les gens font ce qu'ils veulent, je ne suis pas là pour les enfoncer. Mais, je me fais l'avocat du diable, elle a épousé un homme pour son argent, en tire un profit considérable et elle le roule dans la gadoue. Je trouve ça un peu léger. Le film fait un focus sur les deux nanas, si différentes et finalement assez peu crédibles, sans vraiment considérer toutes les parties de l'équation...

Mais j'adore le réalisateur Todd Haynes depuis Velvet Goldmine, je ne lui en tiendrai donc pas rigueur. La réalisation est classique, mais sérieuse, les plans se conjuguent à une douceur lumière pour suggérer la félicité des sentiments féminins. Carol est un beau film, fondé sur des fondations friables... le jury du festival de Cannes a apprécié, celui des Golden Globes ne s'y est pas laissé prendre... Pas sûr que les Oscars ne sauvent la partie...