a vu "Boyhood" (5/5). Richard Linklater suit une famille américaine pendant 12 ans. Années après années, les 2 enfants Mason (Ellar Coltrane) et Samantha (Lorelei Linklater) grandissent, murissent et vivent leurs expériences, les deux parents Olivia (Patricia Arquette) et Mason Sr (Ethan Hawke) se séparent, évoluent, vieillissent. Ce qui débute sur des airs de Sitcom lambda se transforme devant nos yeux ébahis en expérience cinématographique unique. Ce sont bel et bien les mêmes acteurs dont on voit les cheveux s'allonger, se raccourcir ou blanchir. Le temps qui passe est immortalisé de manière ultra réaliste et la salle ne s'y est pas trompée comme l'a montré le torrent d'applaudissements final. 

Le jeune Mason grandit de six ans à sa majorité. Il vit avec sa sœur et sa mère, séparée d'un père parti en Alaska. Le retour du paternel marque le début du film. Les nombreux déménagements, les amis accumulés, les cours, les premiers amours, les petits riens du quotidien et les grands choix marquent sa jeunesse et le mènent à l'âge adulte.

Peut-on douter que l'on change au cours d'une existence? Ce film montre bien qu'enfants et adultes vivent un processus de transformation permanente. L'enfance est l'âge des possibles et des découvertes, chaque interaction modèle l'évolution d'une psyché en construction. L'âge adulte est la confrontation aux limites des possibles et oriente le devenir. Le film confronte ces deux âges et tandis que les rêves de l'enfance irradient sur les deux jeunes héros, les difficultés des adultes rejaillissent sur leurs rejetons.

Le film a été écrit au fur et à mesure, au gré des rencontres annuelles avec des acteurs plus tout à fait les mêmes. Et le scénario prend sens sur la durée, grâce à des moments plongés dans le quotidien, comme une suite de maintenants toujours renouvelés et à chaque fois différents. Le temps qui passe ne se révèle qu'à posteriori lorsque le spectateur voit ce Mason devenu adulte et repense à ce même personnage encore tout enfant quelques dizaines de minutes plus tôt. La vie qui passe se trouve condensée et semble passer en un souffle.

C'est un vertige que j'ai pu ressentir, la vie en accéléré m'a laissé sans voix. La performance cinématographique n'est pas du tout gratuite et m'a plongé dans une émotion véritable, aidé en cela par des acteurs au naturel confondant et au talent fou. S'il y a un film à voir en ce moment, pas de doute que ce doit être cet exploit sur pellicule. La vie est courte, définitivement...

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