a vu "Bande de filles" (3/5). Quand la banlieue sert de décor à un film d'initiation, Céline Sciamma stylise et romance les clichés habituels pour souligner une lutte féministe pour l'indépendance. Dans une banlieue lambda,les tours et les embrouilles plantent un décor bien connu, mais avec une touche d'esthétisme cinématographique. Les pérégrinations de Vic interpellent et le fait de parler de la banlieue ne doit pas automatiquement appeler à parler de précarité. Les pointes de joie et la quête d'espoir sont des sentiments universels!

Myriam est une adolescente à la croisée des chemins. Une fratrie nombreuse, un frère violent, une mère absente car besogneuse, des notes insuffisantes. La rencontre avec trois filles soudées lui permettra de découvrir une solidarité rassérénante et elle deviendra Vic. Mais les réputations se font aussi vite qu'elles se défont dans le microcosme de la banlieue. 

Pas moyen de savoir où se déroule ce film si on n'y a pas vécu. Les tours ressemblent à tant d'autres, le paysage urbain contient tous les codes des banlieues françaises. Du béton, de l'asphalte, pas une touche de poésie dans ce décor réaliste et aux murs décrépits. La dureté du paysage encourage une dureté des moeurs et des rapports humains, ce film ne s'y prête que pour marquer les étapes du cheminement de Vic. L'adolescente classique renferme un caractère affirmé qui lui permettra de tester la vie et ses choix.

Sont évoqués la violence sournoise, les trafics omniprésents, la prostitution inévitable, les larcins monnaie courante, l'ambiance est à la débrouille. Les choix n'en sont pas vraiment, tout imposés qu'ils semblent être par un environnement cloisonné. Tomber enceinte, intégrer un groupe de dealers, utiliser son corps, faire un CAP ou devenir vendeuse sont des issues limitées. La réussite sociale et l'amour semblent des luxes quasi inaccessibles. Vic est un personnage qui ne se résout pas à la fatalité. Son caractère la poussera à toujours avancer pour s'affranchir de ceux qui souhaitent la contraindre.

Le film ne conclura pas sur son destin, c'est peut être le seul reproche que l'on peut faire. La fin reste ouverte, ni oui ni non. Restera ces scènes de copines, ce "Diamonds in the sky" euphorisant et cette jolie tranche de vie dans une banlieue pas si morose que ça.

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