a vu "As if I'm not there", film radical sur les dommages collatéraux d'un conflit, je pestais parce qu'il ne passait pas dans un nombre suffisant de cinémas, je comprends maintenant pourquoi, note: 2,5/5 on est à la frontière du voyeurisme et du témoignage in vivo sur les ravages de la guerre.

Samira, jeune femme de Sarajevo, part enseigner dans une lointaine région de Bosnie. Jusqu'au jour où le conflit de 1992-1995 la rattrape. Déportée avec toutes les femmes du village, tandis que tous les hommes sont sommairement exécutés, elle se retrouve emprisonnée dans un entrepôt. Mais l'inactivité pèse sur les soldats, qui choisissent plusieurs femmes, dont Samira, pour passer le temps. Le cauchemar commence...

Dieu que c'était dur. Dieu que c'était insoutenable. Et encore, je suis un homme, je n'imaginais même pas ce que pourraient ressentir des femmes à la vision de ce film. Voler des vies, voler des corps, et devoir se réfugier au plus profond de soi même jusqu'à ne plus rien ressentir tel une statue de marbre, et subir continuellement les outrages de soldats déshumanisés... les images, si nécessaires soient-elles pour relater un parti pris ultra réaliste, ne mettent même pas mal à l'aise, on est bien au delà. 

La question évidente survient: quel est l'objectif? Ce n'est plus un film, ce n'est pas un documentaire, ce doit être un manifeste, ou bien un témoignage, le film étant l'adaptation d'un ouvrage. Montrer la noirceur abyssale de l'âme humaine en situation de conflits, et les ressources insoupçonnées de chacun dans un enjeu de survie. La jeune Samira, réalisant qu'elle ne veut plus être une victime, tente d'inverser le rapport de force et de retrouver sa dignité de femme, séductrice et désirable. 

Le peu de dialogues, le sentiment de peur intense de ses regards de femmes jetées en pâture, ses scènes insoutenables, j'ai trouvé ça trop, in fine. Je ne recommanderai pas ce film, malgré le jusque boutisme malgré tout louable de la réalisatrice. Le spectateur se sent pris au piège du voyeurisme, et si espoir il y a, il est recouvert d'une épaisse couche de fange putride qui l'étouffe une trop grande partie du film.