Le film de Diane Kurys n'y va pas par le dos de la cuillère. "Arrête ton cinéma" donne en pâture les travers fantasmés d'un univers cinématographique opaque où les décisions et orientations pour la production des films dépendent plus des caractères de cochon que d'un quelconque bon sens. Adaptation de l'ouvrage de Sylvie Testud "C'est le métier qui rentre", "Arrête ton cinéma" s'inspire d'une histoire vécue par la comédienne, rebutée par les difficultés pour monter un projet personnel.  Le trait est bien appuyé, les personnages donnent à rire mais la caricature vire à la farce grossière à force d'insistance...

 

Sybille (Sylvie Testud) est une actrice à succès. Elle porte en elle un projet personnel inspiré de son histoire familiale. Quand une maison de production la contacte pour l'adapter au cinéma, son enthousiasme la pousse à accepter. Mais le duo de productrices, Ingrid (Zabou Breitman) et Brigitte (Josiane Balasko) se révèlent être des névrosées pathologiques. Le chemin sera rude pour monter le film...

 

"Arrête ton cinéma" ne fait pas dans la finesse. La jeune actrice déborde de bonne volonté et dit oui à toutes les exigences des productrices. Supposant une envie de mieux faire, elle s'execute à chaque demande. Sauf que les productrices accumulent les vexations jusqu'à perdre de vue l'objectif initial du film. D'une histoire familiale sur fond de soeurs infirmières, les productrices insistent pour que le milieu des entraineuses remplace le monde hospitalier. Flairant la bonne poire incapable de dire non, les productrices multiplient les sourires pour faire passer toutes les couleuvres, même les plus cocasses.

 

Raconté comme ça, l'idée peut séduire. Le gros bémol étant que la mayonnaise s'emballe jusqu'à ressembler à une béchamel indigeste. La réalisatrice en herbe perd pied, mettant en danger son couple et son équilibre personnel pour satisfaire les exigences farfelues d'un couple de productrices complètement psychotiques. Zabou et Balasko s'en donnent à coeur joie, l'ambiance sur le plateau a du être souvent fendarde. Sybille perd pied, les productrices en rajoutent... Pendant 1h30, c'est un peu long et répétitif. La farce fait d'abord sourire, fait quelque fois rire mais finit par agacer.

Diane Kurys adapte pour la première fois un roman, en l'occurrence celui de Sylvie Testud, inspiré d'une déconvenue véridique. En jouant le rôle de l'héroïne maltraitée, peut être exorcise-t-elle les démons d'un fardeau personnel trop pesant? L'intention est louable, la réalisation est grand-guignolesque. Les productrices rivalisent de chausse trapes pour tester la jeunette, et si elle perd ses moyens, le spectateur peut se lasser devant tant de sado masochisme décomplexé.

 

Les personnages secondaires sont dans la même veine, caricaturés à outrance et surfant sur un n'importe quoi perpétuel. La comédie est souvent méchante, cassante. Si le film est rythmé, il manque de variations pour éviter une noyade inexorable. Les actrices s'amusent beaucoup, leur enthousiasme est certes communicatif mais... Le débat sur les trop nombreuses productions françaises qui se gaufrent au box office faute de substance revient souvent au premier plan... La question se pose pour ce film gentiment gratuit mais manquant singulièrement de profondeur...