Enorme arnaque à l'américaine

Dans les starting-blocks depuis plus d’un an, il n’est pas infondé que de clamer que j’attendais « American Bluff » comme le moment de ravissement cinématographique 2014. Un casting de rêve, une intrigue seventies a priori flamboyante et digne d’un savant mix entre le « Casino » de Scorcese et « Ocean’s eleven ». Eh bien je serai cash : ce film est un four total et complet, et ce ne seront pas quelques très bonnes scènes glanées de ci de là qui me feront dire le contraire. Quand on connaît la qualité du réalisateur, on ne peut se contenter de laisser parler encore et encore des acteurs qui se dépatouillent avec un scénario bancal et rempli de vide. C’est long, c’est prétentieux, c’est un accident industriel digne de Ocean’s twelve ou Man of Steel. Rendez-nous des scénarios de qualité !!!

Un escroc et sa belle associée se font pincer par les Fédéraux. Pour s’en sortir, Christian Bale et Amy Adams doivent collaborer avec Bradley Cooper et faire tomber des élus corrompus, avec un Jeremy Rinner en mission dans le lot. Mais l’affaire sera beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait.

Et je dirais même, tellement sur-compliquée que l’intrigue laisse en route 80% des spectateurs au bout d’une heure. Trop de personnages, trop d’interactions, trop d’apartés, c’est indigeste et roboratif. L’art du scénariste est de ménager l’audience en ne surchargeant pas les dialogues et les rapports de force. Mais là… les discussions durent des plombes, les dialogues manquent de peps, les personnages sont soporifiques malgré leur potentiel énorme. CB en fait des tonnes, avec talent et même empathie pour une fois. Il dévoile la face humaine de son personnage et donc de lui-même. C’est réconfortant, mais vain. 

Les bandes annonces promettaient du rêve et de l’outrance habilement distillés. Au final, le film semble une Version 45 d’un montage qui n’a pas réussi à livrer la substantifique moelle de ce que David O. Russel avait en tête. Toutes les pièces du puzzle sont présentes, les références à Scorcese donnent de la profondeur à une histoire croquignolesque, la musique déchire complètement (Donna Summer, Elton John, David Bowie, Paul Macca et j’en oublie, le top du top) mais un fort sentiment d’ennui est la seule récompense aux 2h18 passées à patauger dans la semoule.

Mon conseil : remonter le film, accélérer et simplifier l’intrigue, couper un tiers des dialogues, enlever Jennifer Lawrence qui fait tapisserie et vous obtiendrez un vrai film coup de poing qui laissera durablement sa marque dans l’estomac. L’atmosphère seventies fait rêver et O. Russel ne lésine pas sur les postiches, robes ultra-méga décolletées et postures total fashion pour nous le faire comprendre. Mais un peu plus de rythme et de montage mitraillette aurait permis de soutenir l’attention du spectateur lessivé par tant de pesanteur. Les acteurs sont pourtant tout sauf à la rue. Mais donner l’oscar à ce film serait une forfaiture totale.